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Le chapeau cloche, de 1925 à aujourd'hui

Chapeau cloche Lison en raphia crocheté à motifs de fleurs

Feuilletez des photos de rue prises à Paris au milieu des années 1920. Regardez les passantes. Cheveux courts, robe droite qui s'arrête sous le genou, chaussures à talon bas. Et sur la tête, très souvent, le même petit chapeau rond, enfoncé jusqu'aux sourcils. Le menton est un peu relevé, parce que le bord cache le haut du regard.

Ce chapeau, c'est le chapeau cloche. Il a habillé une génération entière, puis il a quitté la scène, puis il est revenu, plusieurs fois. Son histoire tient en un siècle. Elle explique aussi, mieux que n'importe quelle règle de style, comment le porter aujourd'hui.

Avant la cloche, des chapeaux qu'on voyait de loin

Au début du XXe siècle, le chapeau de femme est un monument. Larges bords, plumes, fleurs en tissu, rubans. Il tient grâce à de longues épingles plantées dans un chignon volumineux. Il se remarque dans la rue, et il gêne partout ailleurs : pour monter dans un tramway, passer une porte, marcher vite contre le vent.

Au théâtre, il gêne surtout ceux qui sont assis derrière. Le Dictionnaire du savoir-vivre publié en 1907 s'en plaint déjà et demande aux spectatrices un peu de discrétion. Le même ouvrage explique que les invitées gardent leur chapeau au déjeuner, notamment parce que l'ôter abîmerait la coiffure. Le chapeau de l'époque est fait pour être regardé. Il n'est pas fait pour vivre dedans.

1908 : une modiste va dans l'autre sens

C'est dans ce décor que la cloche apparaît. On attribue le plus souvent sa création à la modiste parisienne Caroline Reboux, vers 1908. Certains historiens de la mode citent aussi le nom d'une autre modiste, Lucy Hamar. Le débat reste ouvert. Ce qui ne l'est pas, c'est l'idée : un chapeau petit, proche de la tête, presque sans ornement.

La cloche se fait d'abord en feutre, une matière qui se moule sur le crâne. La forme ne doit rien à la décoration. Tout tient dans une calotte ronde et profonde, et un bord court qui tombe vers le bas. Posée sur une table, calotte en haut, elle ressemble à une cloche. Le nom vient de là.

En 1910, Gabrielle Chanel ouvre à son tour une boutique de modiste, rue Cambon. Elle n'invente pas la cloche. Mais ses chapeaux simples et nets vont dans le même sens. Une partie de la mode parisienne commence à alléger la silhouette des femmes, par le haut.

Les Années folles lui donnent sa place

Il faut pourtant attendre la fin de la Première Guerre mondiale pour que la cloche s'impose. Entre-temps, beaucoup de femmes ont travaillé, conduit, porté des tenues pratiques. La robe devient droite. La taille descend sur les hanches. Et les cheveux se coupent court.

En 1922, Victor Margueritte publie La Garçonne. Le roman fait scandale, et son titre donne un nom à cette allure : la coupe à la garçonne. Sur une nuque dégagée, un grand chapeau n'a plus de chignon pour s'accrocher. La cloche, elle, épouse la tête. Outre-Manche, la coupe la plus courte s'appelle l'Eton crop, et l'on explique souvent son succès par un détail pratique : elle montre très bien la forme du chapeau. Coiffure et chapeau avancent ensemble.

La grande période va d'environ 1922 à 1933, selon la notice Cloche hat de Wikipédia en anglais. En hiver, la cloche est en feutre. L'été, on la fait en paille ou en sisal. Pour le soir, certaines versions se couvrent de perles ou de dentelle, jusqu'aux robes de mariée. Elle se porte bas sur le front, les yeux juste sous le bord. D'où ce port de tête un peu relevé qu'on retrouve sur tant de portraits de l'époque.

La cloche n'a pas été pensée pour être regardée. Elle a été pensée pour suivre des femmes qui bougeaient.

À la fin des années 1920, la mode joue avec elle : on relève le bord devant ou sur un côté. Puis le vent tourne. Les jupes rallongent, la taille remonte à sa place, les coiffures redeviennent plus travaillées. Un chapeau enfoncé jusqu'aux sourcils cache tout ce travail. Les bords s'élargissent et se décorent de nouveau. La notice Cloche en français le résume en une ligne : elle est abandonnée dans les années 1930 pour des modèles à bord plus décorés.

Un siècle de cloche en quelques dates

1907. Les grands chapeaux ornés dominent. Un manuel de savoir-vivre regrette déjà qu'ils cachent la scène au théâtre.

Vers 1908. La cloche apparaît à Paris. On l'attribue le plus souvent à Caroline Reboux.

1910. Gabrielle Chanel ouvre sa boutique de modiste rue Cambon.

1922. La Garçonne paraît. Cheveux courts et cloche deviennent le signe d'une génération.

1922 à 1933. La grande période : feutre l'hiver, paille ou sisal l'été.

Fin des années 1920. On relève le bord pour varier la silhouette.

Vers 1933. La cloche passe de mode. Les bords larges reviennent.

Années 1960. Deuxième vogue.

Fin des années 1980. Un petit retour, sur des modèles revisités.

Automne 2007. Plusieurs créateurs la remettent dans leurs collections.

Aujourd'hui. Elle se fait aussi en crochet, en maille ou en raphia, plus souple qu'autrefois.

La reconnaître au premier regard

Beaucoup de chapeaux portent ce nom en boutique. Trois signes suffisent pour trancher. D'abord, la calotte domine : haute, arrondie, sans pli au sommet. C'est la grande différence avec le fedora, dont la calotte est pincée. Ensuite, le bord est court et il tombe, il suit la tête vers le bas. Sur un canotier, au contraire, il reste rigide et bien horizontal, et la calotte est plate : son histoire, très différente, est racontée dans le canotier, histoire d'un chapeau français. Enfin, une cloche se porte bas. Posée en haut du crâne, elle perd tout son dessin.

La capeline, sa voisine de rayon, fait l'inverse : un bord large et souple, porté en arrière pour faire de l'ombre. Si vous voulez situer la cloche parmi toutes les autres formes, notre guide des types de chapeaux les présente une à une.

Pourquoi elle revient toujours

La cloche revient parce que sa forme ne dépend pas d'un ornement à la mode. Une calotte, un bord court. Rien à dater. Elle se glisse dans une tenue sans la transformer en costume, à une condition : ne pas rejouer les années 1920 de la tête aux pieds.

L'histoire donne d'ailleurs les bons réflexes. La cloche est née pour des femmes pressées, pas pour des bals costumés. Portez-la avec des vêtements du quotidien : un jean droit et un pull fin, une chemise en lin, un trench. Gardez une seule référence rétro. Cloche et robe à franges avec sautoir de perles, c'est un déguisement. Cloche et marinière, c'est une allure.

Le port bas reste la clé. Le bandeau descend à un ou deux doigts des sourcils. Légèrement inclinée, la cloche paraît tout de suite plus actuelle qu'enfoncée bien droite. Les cheveux longs se rassemblent bas, en queue ou en chignon sur la nuque, pour ne pas faire remonter la calotte. Ce port bas raccourcit le front et attire l'œil vers les yeux : il flatte souvent les visages allongés. Pour les autres morphologies, notre article pour choisir son chapeau en raphia selon son visage fait le tour de la question.

Reste la question de l'ajustement, que les modistes des années 1920 réglaient sur mesure. Une cloche bien choisie tient sans serrer. Si elle remonte quand vous marchez, elle est trop petite ou pas assez enfoncée. Si elle tombe sur les yeux, elle est trop grande. Avec des lunettes, choisissez une monture fine et posez le chapeau juste au-dessus : le bord court ne touche pas les verres, contrairement à un grand bord qui pèse sur la monture. Enfin, pensez aux accessoires. De petites boucles d'oreilles suffisent. Un foulard noué ou de grosses lunettes en plus, et la silhouette se charge. La cloche aime être la seule à parler.

La cloche en raphia, un siècle plus tard

Les cloches des années 1920 étaient rigides : feutre moulé, paille apprêtée. Le raphia crocheté change la sensation. Il tient la forme, mais il garde de la souplesse. Il se pose sur la tête au lieu de la serrer, et il laisse passer l'air.

Chapeau cloche Lison en raphia crocheté à motifs de fleurs

Lison, une cloche en raphia crocheté à motifs de fleurs.

Dans notre sélection, deux modèles reprennent cette ligne. Tous deux sont crochetés à la main à Madagascar. Lison (79 €) porte des motifs de fleurs, en naturel ou en thé : c'est la plus douce, elle aime les robes simples et le lin. Boma (69 €) a un dessin plus marqué, inspiré des casques de voyage d'autrefois. Plus graphique, elle va aux tenues sobres.

Comme en 1925, la matière suit la saison. Le raphia accompagne le printemps, l'été et le début de l'automne : en septembre et en octobre, il passe encore très bien avec un trench ou une maille, et sa couleur claire éclaire une tenue sombre. Au cœur de l'hiver, le feutre reprend sa place. Pour le grand froid, une cloche en maille couvre mieux les oreilles.

Une cloche se porte enfoncée, donc son bandeau touche le front plus longtemps qu'un chapeau posé haut. Le soir, laissez-la s'aérer, posée sur sa calotte. Pour nettoyer le bandeau et la fibre sans les abîmer, suivez notre méthode pour nettoyer un chapeau de paille.

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